La tentation du 1er juillet (ou le vrai coût des objets sur les trottoirs)

Objets laissés à l'extérieur : vélo, chaises, balais, chapeau, etc.
Photo by Kenny Luo on Unsplash

Vous habitez au Québec? Vous savez probablement de quoi ont l’air les rues quelques semaines avant le 1er juillet. Et oui, ça sent le déménagement avec tout son lot de bibelots qui ensevelissent nos trottoirs!

Je travaille régulièrement mon muscle du tri, ce qui veut dire que j’ai désormais le réflexe de me poser la question quand je vois un objet intéressant “pour quel projet ou pièce peut-il me servir?”

Mais - en toute franchise - mon muscle de consommatrice est ULTRA fort. C’est un de mes muscles les plus aiguisés avec 30 ans de pratique…

C’est comme si mon corps n’a plus faim, mais que mon cerveau enregistre que je suis à côté d’une crèmerie qui offre des cornets trempés dans le caramel salé!! Ma raison disparaît et mes pieds marchent dans la crèmerie, oups...

Pourquoi ramassons-nous?

Je ne sais pas pour vous, mais quand je vois une pancarte “à donner” dans la rue, il faut que je jette un coup d’oeil. Admettons que la perle rare s’y trouve? Un objet si beau et si utile que j’espérais depuis si longtemps… Possible?

Pas vraiment.

Je crois que c’est plus un réflexe de survie qui remonte au temps de la préhistoire : les ressources sont rares alors gardons-les quand elles sont sur notre chemin.

Évidemment, si vous avez besoin de matériel et que - justement - il se matérialise devant vous, prenez-le!

Quand on emménage ou transforme une pièce, c’est souvent l’opportunité de changer de décor et il y a parfois de très beaux objets, même sur les trottoirs.

Mon instinct de survie

J’ai “ramassé” probablement à cause de mon instinct de survie - merci vie des cavernes - mais aussi parce que c’est ce que j’ai appris et c’est ce que j’ai entendu.

Dans les années 80 et 90, on parlait très peu de réduction. Ce n’était ni glamour, ni à l’heure du jour. C’était plutôt l’heure de gloire d’acheter (durable ou désuet), c’était la glorification des objets.

Aujourd’hui quand on achète, la plupart des consommateurs savent qu’il y a un coût derrière chaque morceau de vêtement, article de cuisine, etc. Celui environnemental et celui humain.

Flamand rose sur un sac à main
Photo by Irene Kredenets on Unsplash

Découvrir mon impact environnemental a été un choc, puis une révélation. J’ai eu le goût de prendre action et de faire mieux, de devenir - dans le jargon - une consomm'actrice.

Je me suis dit à moi-même que je ne vis pas en temps préhistorique et que mon bonheur ne nécessite pas 50 t-shirts.

Bref, ça m'a pris plusieurs années - et ça demeure un processus au moment d’écrire ces lignes - pour consommer de façon plus conscientisée et surtout, réduire! 

Ma mère qui aime le “au cas où”

En plus d’entendre (et de voir) durant mon enfance que consommer beaucoup était acceptable, j’ai accumulé longtemps parce que j’imitais ma mère.

Depuis aussi longtemps que je m’en rappelle, ma mère conserve un maximum d’objets “au cas où”. Ça commence à changer (bravo maman!), mais disons que j’ai porté plusieurs épaulettes quelques années après la mode...

C’est un muscle dangereux celui du “au cas où”.

On pense qu’il nous fait économiser car nous aurons déjà cet objet quand le besoin se manifestera (car il va se manifester, right?).

Femme assise en train de lire un magazine - magic glow
Un besoin qui se manifeste et - par magie - nous réalisons que nous avons déjà l'article pour y remédier? La réalité est plutôt que nous en achetons un autre puisque nous avons oublié l'objet déjà procuré!
Photo by Thought Catalog on Unsplash

La vérité? Une réalité bien différente...

  • Souvent le besoin ne se manifeste pas. Pire, on oublie même qu’on a déjà l’objet et on finit par … le racheter!

  • Le “au cas où” nous coûte cher en temps : Le temps de trouver l’objet, d’y trouver une place sous notre toit, de le déplacer, de le nettoyer, de le redéplacer, de l’empaqueter, de le déménager, etc.

  • Il nous coûte cher en espace : Plus on accumule, plus il faut avoir de l’espace. Et cet espace se paye en loyer et en chauffage pendant qu’on perd de la place pour circuler et vivre.

  • Il nous coûte cher mentalement : On passe du temps à se soucier de nos objets, de leur emplacement, comment et quand on va les utiliser, à qui les léguer...

  • Il nous crée du stress : Avoir beaucoup d’objets chez soi peut être un facteur de stress. Notre regard ne sait pas où se poser, nos objets sont difficiles à garder continuellement en ordre (surtout avec une famille =) et quand le désordre est au rendez-vous, notre cerveau nous envoie le signal que la tâche d’ordonner n’est jamais terminée. C’est fatiguant mentalement ET difficile sur le système nerveux!

  • Il nous crée de la culpabilité : “Pourquoi ma maison ne ressemble pas à celle de tous les magazines? De Pinterest? Pourtant j’y ai de beaux objets…” Mais quand on en a beaucoup et qu’on garde au cas où, ça devient difficile à garder le contrôle et on peut se sentir coupable de ne pas avoir la maison digne d'Instagram.

  • Il affecte notre estime de soi : Le désordre qui s’amplifie nous donne l’impression de ne pas être à la hauteur. Le fait de ne pas pouvoir ordonner notre environnement peut nous faire sentir comme moins bonne, moins fine et moins capable que les autres.  

Après tout ça, ai-je vraiment le goût de ramasser tout ce que je vois sur la rue?

Tiroir converti en bac à plants de basilic
Julie-Arsène

“C’est pour le balcon”, lui ai-je dit

L’été dernier, j’ai déniché un vieux tiroir sur les trottoirs d’Hochelaga pour y mettre mes plants de basilic. J’ai fait des semences pour une première fois et disons que j’ai été beaucoup trop enthousiaste, aka j’ai abouti avec plus d’une vingtaine de plants uniquement de basilic!

Un coup de pinceau sur le tiroir et un mot à mon chum pour tenter de lui justifier mon projet - il me regardait d’un air sceptique vu la petitesse de nos balcons, le tour était joué pour la création de ce nouveau bac à fleurs.

Ce qui s’est passé par la suite…

J’ai trouvé au moins 6 boîtes en métal David’s Tea dans une armoire et j’ai décidé de les peinturer … pour aussi y planter du basilic.

Pots à thé David's Tea convertis en pots à basilic
Julie-Arsène

J’ai ramassé un, deux, trois, quatre pots sur les trottoirs - ben oui, encore! - pour y planter le trop plein de sauge et autres semences qui envahissaient notre comptoir de cuisine. J’étais tellement fière que mes semences aient poussé que je voulais tout garder!

Et voilà, nous avions un jardin mais très peu de place pour circuler sur nos balcons. Je me suis laissée emporter par mon muscle de consommatrice au détriment de mon muscle du tri...

Cette année, j’ai planté un nombre raisonnable de semences. Un bon premier pas. =)

Mon chum et moi avons décidé d’utiliser uniquement nos deux bacs à fleurs pour cette année.

Hum hum.

Révision 2 semaines plus tard : cette année on veut aussi des fleurs en plus de nos fines herbes, alors on a décidé de transformer nos pots Coaticook en pots de fleurs en utilisant la même peinture que l’an dernier.

Cette fois-ci, c’est moi qui mets les freins à mon chum car il veut garder chaque pot : attention, on ne pourra plus circuler si ça continue!

Avec le 1er juillet qui approche à grand pas, allez-vous porter un regard vigilant sur les objets mis à votre disposition? Avez-vous une tactique pour résister à l’offre qui se multipliera sur nos trottoirs au cours des prochaines semaines?

J’ai hâte de vous lire!

Au lieu d'accumuler, laissez-vous tenter par ces 10 objets faciles à se défaire... Voulez-vous relever le défi? =)

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